Ségur, Mon espace santé, MSSanté, INS : quatre sigles qui reviennent sans cesse. Démontés un par un, ils racontent une mécanique simple, utile aux patients comme à l’équipe.

Une coordinatrice reçoit un compte rendu d’hospitalisation en PDF, l’ouvre dans une fenêtre, et retape à la main les trois lignes utiles dans le dossier du cabinet, ouvert dans une autre fenêtre. Le patient suivant sonne déjà à l’accueil. Ce n’est l’exploit de personne : c’est juste que les deux logiciels ne se parlent pas. Ségur, Mon espace santé, MSSanté, INS sont exactement les quatre objets qui existent pour que cette scène-là arrive de moins en moins souvent.
Je suis ingénieur : quand un sigle traîne partout sans que personne ne le déplie, mon réflexe est de le désosser pièce par pièce. Celui-ci se laisse découper en quatre objets bien distincts, et chacun répond à une question précise.
Mon espace santé est l’espace numérique du patient ; le Dossier Médical Partagé, le DMP, en est la brique médicale. Un compte rendu, une lettre de liaison, une ordonnance : une fois déposés dans le DMP depuis votre logiciel, ils deviennent automatiquement visibles par le patient dans Mon espace santé. Et par les prochains professionnels qui le prendront en charge.
MSSanté, la Messagerie Sécurisée de Santé, est le seul canal autorisé à transporter des données de santé par email. Pas d’installation à part : c’est votre messagerie habituelle, une fois raccordée. Elle sert aussi à écrire au patient — chaque profil Mon espace santé a sa propre adresse, à l’initiative du professionnel.
L’INS, c’est un numéro plus cinq informations d’état civil vérifiées ensemble : nom de naissance, prénoms, date de naissance, sexe, lieu de naissance. Sans elle, deux Martin Dupont nés la même année peuvent finir avec un seul dossier partagé à deux.
Le Ségur du numérique en santé, un programme national doté de 2 milliards d’euros, finance la mise à niveau des logiciels professionnels pour qu’ils fassent ces trois choses sans bricolage. Un logiciel « référencé Ségur » a passé le cahier des charges de l’Agence du Numérique en Santé ; la liste est publique.
Le tableau ci-dessous résume la mécanique. Il ne remplace pas les quatre paragraphes du dessus, il les range juste dans le bon ordre pour qu’on s’y retrouve d’un coup d’œil.
| Le sigle | Le problème qu’il résout | Ce que ça change pour vous |
|---|---|---|
| DMP / Mon espace santé | Le dossier du patient dispersé entre des cabinets qui ne se voient jamais | Vos comptes rendus rejoignent un endroit que le patient et les prochains soignants peuvent consulter |
| MSSanté | L’envoi de données de santé par une messagerie grand public, pas conçue pour ça | Un compte rendu ou une pièce jointe part par un canal qui a le droit de la transporter |
| INS | Deux patients homonymes, ou le même patient sous deux identités selon le logiciel | Le bon document arrive dans le bon dossier, même quand deux Dupont se suivent en salle d’attente |
| Ségur | Des logiciels qui stockent chacun leurs données dans leur coin | Le poste de travail alimente Mon espace santé et MSSanté sans ressaisie, une fois le logiciel référencé |
Concrètement, la promesse des mises à jour Ségur, c’est l’automatisation : que le compte rendu écrit dans votre logiciel parte tout seul vers Mon espace santé, sans copier-coller. Ce n’est pas encore vrai à 100 % partout ; certains éditeurs avancent plus vite que d’autres. Mais la direction est prise depuis 2021, et une deuxième vague, engagée depuis 2024, élargit le référencement à d’autres familles de logiciels — les éditeurs de logiciels de cabinet des médecins généralistes ont pu candidater à partir de septembre 2025.
« Depuis qu’on envoie les comptes rendus de RCP par l’adresse MSSanté du cabinet plutôt que par ma messagerie personnelle, je ne me demande plus si j’ai le droit. »
— Une orthophoniste, MSP de deux sites, Sarthe
Ça change aussi l’AG de fin d’année, d’une autre manière. L’ACI comporte un axe « Système d’information », avec un indicateur socle et un indicateur optionnel plus exigeant. Le texte ne dit pas quel logiciel installer : il regarde si les dossiers patients sont informatisés et partagés, avec des autorisations différenciées, entre les professionnels de l’équipe. Un logiciel référencé Ségur est construit précisément pour cocher cette case-là sans qu’on ait à le démontrer à la main, pièces justificatives à l’appui.
« On n’a pas besoin de connaître le nom des quatre briques pour que ça marche un mardi normal. Le jour où ça coince — un compte rendu qui n’arrive pas, une identité mal qualifiée — ça aide de savoir laquelle des quatre est en cause. »
— Johan
Pas besoin d’attendre une réunion avec son éditeur logiciel pour savoir où on en est. Trois choses se vérifient seul, en quelques minutes, sans appeler personne.
Le chantier n’est pas fini, et personne ne prétend qu’il l’est. Mais chaque brique posée à sa place, c’est une ressaisie de moins un mardi soir — et un dossier un peu plus fiable pour le patient suivant.
Ce texte s’arrête à la mécanique générale de ces quatre briques. La leçon de l’Académie SisaFlow qui prolonge le sujet entre dans le détail des outils du quotidien d’une équipe — agenda partagé, comptes rendus, coordination — avec ses propres sources et sa date de vérification.
Lire la leçon « S’outiller : agenda, comptes rendus, coordination »
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