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Leçon 14/19 · La coordination au quotidien

Gérer les tensions et les conflits d'équipe

Ce que la coordination peut faire face à un désaccord entre professionnels, ce qu'elle ne doit jamais faire à leur place, et pourquoi la plupart des tensions se règlent avant de devenir des conflits.

15 min de lectureVérifié le 18/08/2026

L'essentiel en 3 points

  • La plupart des conflits d'équipe étaient, six mois plus tôt, des tensions non dites. Le rôle le plus utile de la coordination est de créer des occasions régulières de les faire remonter tôt.
  • La coordination facilite, elle ne tranche pas : un désaccord entre associés relève de la gouvernance, un désaccord clinique relève des professionnels concernés — jamais d'un arbitrage du coordinateur.
  • Reconnaître qu'une situation dépasse son rôle — harcèlement, conflit personnel ancien, désaccord juridique — n'est pas un échec : c'est la compétence qui protège l'équipe et la coordination elle-même.

La tension d'abord, le conflit ensuite

Un conflit ouvert en réunion d'équipe a presque toujours une préhistoire : une remarque mal reçue, un service jamais rendu en retour, une décision prise sans consulter quelqu'un qui se sentait concerné. Ces tensions restent souvent invisibles pendant des mois, parce qu'aucune occasion régulière ne permet de les formuler avant qu'elles ne s'accumulent.

Le rôle le plus utile de la coordination n'est donc pas de résoudre des conflits déjà installés — un exercice difficile, qui suppose une formation spécifique — mais de créer des occasions régulières où une tension peut se dire tôt, avant de devenir un conflit. Un point récurrent en fin de réunion (« quelque chose vous a-t-il gêné cette semaine ? ») ou un entretien individuel annuel suffisent souvent à faire remonter ce qui, sinon, se serait tu pendant des mois.

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Le référentiel d'activités range la dynamique d'équipe dans le domaine « animation de l'équipe » — le repère pour situer ce rôle sans le confondre avec une fonction de médiation professionnelle.

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  • Organisationnel (planning, répartition des tâches)

    Qui tranche
    L'équipe, en réunion, avec une règle écrite si le désaccord se répète
    Le rôle de la coordination
    Faciliter la discussion, proposer un cadre, formaliser la règle retenue
  • Clinique (prise en charge d'un patient)

    Qui tranche
    Les professionnels concernés, éventuellement en RCP
    Le rôle de la coordination
    Organiser le temps de concertation, jamais se prononcer sur le fond clinique
  • Statutaire ou financier (parts, répartition des charges)

    Qui tranche
    La gérance ou l'assemblée, selon les statuts
    Le rôle de la coordination
    Documenter, alerter selon le mandat, ne jamais arbitrer à la place des associés
  • Personnel ou relationnel ancien

    Qui tranche
    Personne au sein de l'équipe : cela dépasse le rôle de la coordination
    Le rôle de la coordination
    Reconnaître la limite, orienter vers un tiers extérieur si le sujet le justifie
Trois natures de désaccord, trois réponses différentes

Faciliter, ne pas trancher

Face à une tension exprimée, la posture qui fonctionne tient en trois gestes, dans cet ordre.

  1. Écouter chaque partie séparément, avant toute réunion commune. Comprendre ce qui est en jeu pour chacun évite de découvrir, en pleine séance, un désaccord plus profond que prévu.
  2. Reformuler sans prendre parti. « Si je comprends bien, vous attendiez une information avant que la décision ne soit prise » n'accuse personne et permet à chacun de se reconnaître dans la reformulation.
  3. Proposer un cadre, pas une solution imposée. La coordination peut suggérer une règle à discuter en réunion — qui informe qui, à quel moment — mais la solution retenue doit rester celle de l'équipe, pas celle du coordinateur.

Ce qui distingue une facilitation réussie d'un arbitrage déguisé est simple à observer : à la fin, les deux parties disent avoir été entendues, pas avoir reçu une décision imposée.

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Coordination des soins

Le rayon complet de la HAS, utile pour resituer la facilitation d'équipe parmi les autres outils de coordination — elle ne remplace ni un protocole, ni une RCP, ni une décision de gouvernance.

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Trois situations qui dépassent le rôle de la coordination

Un conflit entre associés sur une décision statutaire. La répartition des charges, le barème des points, l'entrée ou la sortie d'un associé relèvent de la gouvernance, jamais d'une facilitation informelle par la coordination — même de bonne foi.

Une situation de harcèlement ou de discrimination. Ce registre relève du droit du travail et suppose une procédure formelle, pas une conversation informelle animée par le coordinateur. Un signalement à la gérance, voire à un tiers extérieur, s'impose sans délai.

Un conflit personnel ancien, antérieur à l'équipe actuelle. Certaines tensions ne naissent pas du travail commun mais d'une histoire personnelle entre deux professionnels. La coordination n'a ni la formation ni la légitimité pour s'y engager : orienter vers une ressource extérieure protège tout le monde, y compris elle-même.

Exemple fictif — Les Trois Rivières : la tension du planning, réglée avant le conflit

« Les Trois Rivières » est une équipe fictive : elle sert de fil rouge chiffré à ces leçons.

Depuis plusieurs semaines, une infirmière évitait les réunions de fin de journée, sans que personne ne s'en inquiète vraiment. Au point récurrent de fin de RCP — « quelque chose vous a-t-il gêné cette semaine ? » — elle a fini par dire que les créneaux de fin de journée tombaient systématiquement sur son jour de garde d'enfant, ce que personne n'avait remarqué en fixant le calendrier trois mois plus tôt.

La coordinatrice a écouté, reformulé sans accuser personne — « le calendrier n'a pas tenu compte de cette contrainte, pas par choix mais par oubli » — puis proposé à l'équipe une règle simple : demander les contraintes de chacun avant de fixer le calendrier trimestriel, plutôt qu'après.

Le sujet n'a jamais atteint le stade du conflit ouvert. Ce qui l'a évité n'est pas une compétence de médiation particulière, mais un point récurrent qui a donné l'occasion de le dire à temps.

Après la facilitation : suivre, sans rouvrir sans cesse

Une règle retenue en réunion pour désamorcer une tension mérite d'être suivie, pas seulement décidée. Un point bref à la réunion suivante — « la nouvelle règle sur les créneaux fonctionne-t-elle ? » — évite deux écueils symétriques : oublier la règle aussitôt adoptée, ou au contraire rouvrir sans cesse un sujet clos, ce qui finit par ranimer une tension qui s'était pourtant apaisée.

Une tension réglée qui ne resurgit pas n'a pas besoin d'être commentée indéfiniment. C'est un signe de réussite, pas un sujet qui a besoin d'être entretenu.

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Se former à la coordination en équipe de soins primaires

Certains formats courts des fédérations régionales abordent spécifiquement la facilitation de réunion et la gestion des tensions d'équipe — utile pour aller au-delà des principes de cette leçon.

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Une fédération régionale peut orienter vers un tiers extérieur qualifié quand une situation dépasse clairement le rôle de la coordination — un contact à connaître avant d'en avoir besoin, pas le jour où le besoin se présente.

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À faire dans votre structure~5 min

Le point de fin de réunion, à instaurer

À votre prochaine réunion d'équipe, terminez par une question ouverte, la même à chaque fois : « quelque chose vous a-t-il gêné cette semaine, dans notre organisation ? ».

Ne cherchez pas de réponse à la première séance : l'important est d'installer l'habitude, pas d'obtenir immédiatement une confidence. Notez ce qui se dit, même bref, et reprenez-le au point suivant si une réponse a donné lieu à une règle.

Comptez cinq minutes par réunion, hors lecture de la leçon.

Selon votre rôle

  • Coordinateur·rice

    Vous n'êtes ni médiateur professionnel, ni arbitre : vous êtes celui qui fait remonter tôt une tension, avant qu'elle ne devienne un conflit qui dépasse vos moyens. Sachez reconnaître ce qui dépasse votre rôle.

  • Gérant de SISA

    Demander au coordinateur de régler seul un conflit entre deux associés est une délégation implicite qui l'expose sans le protéger. Un conflit entre associés se règle par la gouvernance, jamais par la coordination.

  • Professionnel membre

    Une tension non dite pourrit une équipe plus sûrement qu'un désaccord exprimé. Le rôle du coordinateur n'est pas de deviner vos frustrations, mais de vous donner un cadre pour les dire tôt.

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