IPA, assistant médical, infirmière Asalée, coordinateur : quatre métiers qu’on confond facilement, pour quatre besoins bien différents. Qui fait quoi, qui emploie qui, et qui paie.

Une consœur d’une équipe voisine m’appelle un soir, la voix pressée : « Dites-moi comment vous avez fait, vous, pour savoir qui recruter. » Bonne question. Chez nous, il a fallu quatre têtes autour d’une table, chacune pensant à un métier différent, et plusieurs mois de faux départs avant d’y voir clair. Ce n’est pas un problème d’écoute. C’est que personne ne leur avait jamais expliqué ce qui distingue ces quatre rôles.
Chez nous, ça s’est passé un soir de mars, dans la pièce qui sert à la fois de salle d’attente et de salle de réunion une fois les patients partis. On discutait du prochain recrutement depuis trois semaines, sans jamais se mettre d’accord. Notre médecin généraliste pensait infirmière en pratique avancée. Notre secrétaire pensait assistant médical, parce qu’un cabinet voisin venait d’en embaucher un. Une consœur pensait Asalée. Et moi, je me demandais si ce n’était pas plutôt un mi-temps de coordination qu’il nous fallait, tant le dossier ACI prenait de mes soirées.
Quatre personnes autour d’une table, quatre réponses différentes à la même phrase. On a mis plusieurs mois à comprendre qu’on ne parlait pas du même besoin.
Ce que j’en retiens : ces quatre métiers ne sont pas des variantes les uns des autres, et ils ne se remplacent pas. Un assistant médical ne fait pas ce que fait une infirmière Asalée. Une IPA ne fait pas ce que fait un coordinateur. Le vrai risque n’est pas de se tromper entre les quatre — c’est de ne jamais se poser la question dans le bon ordre, et de prendre le premier profil disponible parce qu’un collègue en a un.
Voici comment on les distingue, depuis qu’on a fait l’exercice sérieusement.
L’infirmière en pratique avancée (IPA) a un diplôme d’État de niveau master, obtenu après deux années d’études supplémentaires et au moins trois ans d’exercice infirmier. Elle choisit une mention : la plus utile en équipe de premier recours porte sur les pathologies chroniques stabilisées, la prévention et les polypathologies courantes. Elle suit des patients dans la durée, avec un vrai droit de prescription dans son champ de compétence — et, depuis un décret de janvier 2025, elle peut recevoir un patient sans passage obligé par le médecin, dès lors qu’elle exerce dans une structure comme la vôtre.
L’assistant médical ne soigne pas. Il est aux côtés du médecin pour l’accueil, l’administratif et quelques gestes simples — pour lui rendre du temps de consultation. On le recrute parmi les infirmiers, aides-soignants ou auxiliaires de puériculture diplômés, ou directement titulaires d’un certificat de qualification professionnelle dédié.
L’infirmière Asalée, qu’on appelle parfois infirmière déléguée à la santé publique (IDSP), fait de l’éducation thérapeutique sur les maladies chroniques — diabète, risques cardiovasculaires, BPCO — et quelques actes que le médecin lui délègue, dans le cadre de protocoles de coopération nationaux.
Le coordinateur, lui, ne soigne personne. Il fait tourner la machine : les indicateurs, le dossier ACI, les réunions, la vie du projet de santé. C’est souvent le premier poste qu’une équipe crée — et celui pour lequel il n’existe aucun diplôme obligatoire.
| Rôle | Ce qu’il apporte | Qui l’emploie | D’où vient l’argent |
|---|---|---|---|
| IPA | Suivi actif de patients, avec un vrai droit de prescription dans son champ | Libérale, salariée d’un établissement ou d’un centre de santé, ou salariée de la SISA | Consultations facturées à l’Assurance Maladie si libérale ; salaire porté par la structure si salariée — et l’ACI valorise sa présence dans l’équipe |
| Assistant médical | Accueil, administratif, gestes simples délégués — du temps médical libéré | Le médecin, seul ou à plusieurs via un groupement d’employeurs mutualisé | Aide dégressive de l’Assurance Maladie sur 5 ans, contre un engagement de progression de patientèle |
| Infirmière Asalée / IDSP | Éducation thérapeutique et actes délégués sur les maladies chroniques | L’association Asalée elle-même — pas votre structure | Financement de l’Assurance Maladie versé à l’association, qui salarie et déploie l’infirmière |
| Coordinateur | Organisation, indicateurs, dossier ACI, vie d’équipe — aucun acte de soin | Le plus souvent la SISA | L’ACI : la fonction de coordination est l’un des indicateurs obligatoires du socle |
Le tableau cache une question qui, chez nous, a mis du temps à se poser clairement : le lundi matin, qui donne les consignes à qui ?
Une infirmière Asalée n’est pas votre salariée. Elle reste employée par l’association Asalée, qui la met à disposition de votre équipe — c’est l’association qui gère ses congés, son évolution, sa hiérarchie. Vous travaillez avec elle, vous ne l’encadrez pas. Un repère daté, pour ne pas construire sur une image dépassée : l’association a été placée en redressement judiciaire le 27 mars 2026, et sa gouvernance est depuis suivie par des administrateurs judiciaires. La situation évolue encore au moment où j’écris ces lignes — une équipe qui envisage ce montage a intérêt à se renseigner avant de construire dessus.
L’assistant médical, à l’inverse, est bien votre salarié — celui du médecin qui l’emploie, ou du groupement d’employeurs si plusieurs praticiens de la structure se le partagent. Et si vous salariez une IPA par la SISA, une règle propre au code de la santé publique s’applique en silence : le nombre de soignants de premier recours salariés par la SISA doit rester inférieur au nombre d’associés libéraux. Un point à vérifier avec votre conseil juridique avant de signer, pas après un départ d’associé qui change la donne.
Sur les quatre rôles, un seul est financé par une aide individuelle plafonnée dans le temps : l’assistant médical, avec un contrat de cinq ans, dégressif. Le coordinateur et l’IPA salariée s’inscrivent dans l’enveloppe ACI de la structure, année après année. L’infirmière Asalée dépend d’une convention propre à son association. Trois horizons de financement différents, à ne pas confondre au moment de construire un budget prévisionnel.
Ce qui nous a fait avancer, ce soir de mars, ce n’est pas une meilleure idée. C’est d’arrêter de discuter des métiers, et de commencer par nommer le manque, précisément.
« On manque de temps médical », « personne ne suit nos patients diabétiques dans la durée », « le dossier ACI prend nos soirées » : trois phrases, trois réponses différentes.
SISA, SCM, association tierce, groupement d’employeurs entre médecins : la réponse change qui signe, qui paie, et qui refacture le reste à charge.
Pas le salaire affiché — ce qu’il reste une fois l’aide, le point ACI ou la convention déduits, et sur combien d’années.
Une infirmière Asalée du secteur, une promotion d’IPA qui sort de formation, un cabinet voisin qui a déjà défriché l’assistant médical : quelqu’un a déjà posé les questions que vous vous posez.
Qui donne les consignes, qui suit les congés, à qui la personne rend compte.
« On a mis six mois à comprendre que le poste qu’on cherchait n’existait pas — qu’il fallait en fait deux profils différents, pas un seul, et qu’aucun des deux n’était celui auquel on avait pensé en premier. »
— Un gérant de SISA, MSP de trois sites, Occitanie
Aucun de ces quatre métiers n’est un luxe, et aucun ne fait de l’ombre aux trois autres. Ils répondent à quatre manques différents, à des moments différents de la vie d’une équipe. La nôtre a fini par recruter les deux qui lui manquaient le plus — une IPA l’année suivante, un mi-temps de coordination avant elle. Dans cet ordre-là, précisément, parce que c’est ce qui pesait le plus fort en premier.
Le pilier « Les ressources humaines en MSP » de l’Académie SisaFlow reprend ces quatre rôles un par un, avec le cadre employeur qui va autour : qui signe, quelles formalités, quelle convention collective. La leçon « Employeur en MSP : ce que ça implique » est le bon point de départ avant toute embauche.
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