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Leçon 1/19 · La coordination au quotidien

Le métier de coordinateur en clair

Ce que recouvre vraiment la fonction de coordination en maison de santé : cinq domaines de missions, un mandat écrit, et les limites qu'il vaut mieux poser dès le premier mois.

23 min de lectureVérifié le 18/08/2026

L'essentiel en 3 points

  • La fonction de coordination n'est définie par aucun texte réglementaire. Ce qui fait référence en pratique, c'est le référentiel d'activités d'AVECsanté, écrit à partir du terrain par des coordinateurs en exercice.
  • Cinq domaines couvrent tout le métier : projet de santé, animation de l'équipe, gestion administrative et financière, système d'information, relations externes.
  • Le coordinateur prépare et fait vivre les décisions ; il ne les prend pas à la place de l'équipe, et ne représente la structure à l'extérieur que sur mandat.

Une fonction, pas un titre

L'accord conventionnel interprofessionnel finance une fonction de coordination : c'est l'un des engagements que la structure prend en adhérant. Mais l'accord finance un moyen, il ne décrit pas un métier — il ne dit ni ce que la personne fait de ses semaines, ni à qui elle rend compte.

Conséquence très concrète : le seul document qui définit la fonction dans votre équipe, c'est celui que vous écrivez. Aucun texte ne viendra le faire à votre place, et deux MSP voisines peuvent avoir deux coordinateurs dont les journées n'ont presque rien en commun.

Le référentiel d'activités d'AVECsanté comble ce vide sans prétendre à autre chose : il décrit ce que font réellement des coordinateurs en fonction depuis plus d'un an. Il n'a aucune portée réglementaire, et c'est justement pour cela qu'il est utile — il sert de base à une fiche de mission, à un entretien annuel, et à une conversation d'équipe sur ce que l'on attend vraiment de la coordination.

Le seul ancrage légal qui touche la coordination se trouve ailleurs : l'article L4041-2 du code de la santé publique, qui définit l'objet d'une SISA, cite explicitement « la mise en œuvre du projet de santé » et « l'exercice en commun d'activités de coordination thérapeutique, d'éducation thérapeutique ou de coopération entre les professionnels ». C'est un objet de société, pas une fiche de poste — mais c'est ce texte qui dit que la coordination n'est pas une option de confort, elle fait partie de ce pour quoi la société existe.

Aller plus loinGuideAVECsantéNational

Kit d'intégration du coordinateur en MSP

La page qui porte le guide de la coordination et le référentiel d'activités — la trame la plus rapide pour écrire une fiche de mission qui tienne, plutôt que de partir d'une page blanche.

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Aller plus loinGuideLégifranceNational

Article L4041-2 - Code de la santé publique

L'objet légal de la SISA en quelques lignes : mise en commun de moyens et exercice en commun de la coordination, de l'éducation thérapeutique et de la coopération entre professionnels.

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  • Piloter le projet de santé

    La question à laquelle il répond
    Faisons-nous ce que nous avons écrit, et pouvons-nous le montrer ?
    Vos interlocuteurs
    L'équipe, la gérance, l'ARS
  • Animer l'équipe

    La question à laquelle il répond
    Nous réunissons-nous, décidons-nous, et appliquons-nous nos décisions ?
    Vos interlocuteurs
    Tous les professionnels de la structure
  • Gérer administrativement et financièrement

    La question à laquelle il répond
    Savons-nous où va notre argent et qui doit quoi ?
    Vos interlocuteurs
    La gérance, l'expert-comptable, les associés
  • Faire vivre le système d'information

    La question à laquelle il répond
    L'information circule-t-elle entre professions, en sécurité ?
    Vos interlocuteurs
    L'éditeur du logiciel, le référent informatique
  • Entretenir les relations externes

    La question à laquelle il répond
    Sommes-nous identifiés et écoutés sur notre territoire ?
    Vos interlocuteurs
    ARS, CPAM, URPS (union régionale des professionnels de santé), collectivités, CPTS
Les cinq domaines de missions, et ce qu'ils recouvrent

Un mot sur le dernier domaine, celui des relations externes, car c'est là que l'on se sent le plus démuni en prenant le poste : votre URPS — il en existe une par profession et par région — est un relais de représentation, parfois de financement d'actions ponctuelles ; votre fédération saura vous y introduire.

Aller plus loinContactAVECsantéNational

Accueil - AVECsanté

Le mouvement et ses quinze fédérations régionales : c'est par là qu'on trouve son interlocuteur régional le premier mois, quand on ne connaît encore personne sur le territoire.

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Une semaine, vue de l'intérieur

Sur le papier, les cinq domaines se lisent comme une liste équilibrée. Dans une semaine réelle, ils ne le sont jamais : la gestion administrative et financière absorbe presque toujours la plus grosse part, parce qu'elle porte des échéances (une déclaration, un appel de fonds, une facture) alors que le pilotage du projet de santé n'en a aucune — rien ne « tombe » si personne ne s'en occupe cette semaine-là. C'est exactement le mécanisme par lequel le projet de santé, censé être le cœur du poste, en devient la variable d'ajustement.

Le remède n'est pas une meilleure organisation personnelle : c'est une règle protégée. Deux heures fixes par semaine, bloquées dans l'agenda comme un rendez-vous qu'on ne déplace pas, consacrées au seul projet de santé — relecture du tableau des actions, préparation d'une RCP, avancement d'un protocole. Ce n'est pas la coordination qui doit être plus disciplinée ; c'est l'équipe qui doit accepter qu'une plage protégée ne serve jamais de variable d'ajustement à un imprévu administratif.

Le périmètre face à la gérance : deux fonctions, pas une hiérarchie

La confusion la plus fréquente à la prise de poste n'est pas entre coordination et secrétariat — elle est entre coordination et gérance. Les deux fonctions cohabitent en permanence dans les mêmes dossiers, et pourtant elles ne se recouvrent pas.

La gérance engage la société. Elle signe, elle représente légalement la SISA, elle porte la responsabilité de gestion au sens du code civil, elle arbitre en dernier ressort quand le mandat du coordinateur le prévoit. C'est un mandat social, tenu par un ou plusieurs associés.

La coordination fait fonctionner l'équipe. Elle prépare, elle anime, elle instruit, elle relance, elle documente. Elle n'a ni signature engageant la société, ni autorité hiérarchique sur les professionnels associés — y compris quand elle est elle-même salariée et que la gérance est son employeur au sens du droit du travail.

Le point de friction classique : un fournisseur ou un partenaire s'adresse au coordinateur comme s'il avait le pouvoir de signer un contrat. Une règle simple évite l'embarras et le tranche par avance : le coordinateur peut négocier, préparer, recommander — jamais engager financièrement la société au-delà d'un plafond écrit dans son mandat. Ce plafond, généralement modeste, se fixe une fois et se rappelle chaque fois qu'il est testé.

Sa place dans l'équipe : central, jamais hiérarchique

Le coordinateur occupe une position singulière : il voit passer plus d'informations que quiconque dans la structure — budget, agenda, indicateurs, tensions d'équipe — sans détenir sur personne d'autorité hiérarchique. C'est cette centralité fonctionnelle, et non un grade, qui fait sa légitimité au quotidien.

Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, la confidentialité n'est pas une option : un coordinateur qui répète en salle de pause ce qu'il a appris en aparté perd en une phrase ce qu'il a mis des mois à construire. Ensuite, associer plutôt qu'informer : présenter une décision déjà prise obtient de la résignation ; présenter une situation et demander un avis avant de trancher obtient de l'adhésion — même quand la décision finale ne change pas d'un mot.

Le mandat : trois lignes qui changent tout

Un mandat de coordination tient en trois questions, et il vaut mieux y répondre par écrit avant le premier conflit :

  1. Le périmètre. Qu'est-ce qui entre dans la fonction, et surtout qu'est-ce qui n'y entre pas ? La gestion des plannings de la secrétaire ? Le suivi du bail ? L'accueil téléphonique un mardi sur deux ? Chacune de ces réponses est légitime — l'absence de réponse ne l'est pas.
  2. Le circuit de décision. Qui tranche quand la coordination signale un arbitrage : la gérance seule, le collège des associés, l'assemblée ? Et dans quel délai ?
  3. La représentation extérieure. Sur quels sujets le coordinateur parle-t-il au nom de la structure, et sur lesquels rapporte-t-il seulement ? Une réunion territoriale où l'on se positionne engage l'équipe entière.

Sans ces trois réponses, la coordination devient le réceptacle de tout ce que personne ne veut faire. C'est le mécanisme le plus courant de l'épuisement du poste — et il n'a rien à voir avec la charge de travail réelle.

Obtenir sans pouvoir : les trois leviers

Vous ne signez rien, vous ne sanctionnez personne — et pourtant les actions doivent avancer. C'est le cœur du métier, et il tient sur trois leviers.

La visibilité. Le tableau des actions relu en séance obtient plus que n'importe quelle relance privée : personne n'aime être la ligne rouge devant ses pairs. Ce n'est pas de la pression, c'est de la transparence — la même règle pour tous, à date fixe, sans message personnel à rédiger.

L'escalade contractualisée. Votre mandat écrit dit qui tranche et dans quel délai. L'utiliser n'est ni une trahison ni un aveu d'échec : c'est un droit prévu, précisément pour que les blocages ne restent pas sur vos épaules. Une escalade faite tôt, par le circuit convenu, protège la relation ; une escalade tardive, faite de guerre lasse, l'abîme.

Le renoncement explicite. Une action que personne ne porte depuis des mois ne se relance pas indéfiniment : elle se retire en réunion, à voix haute. C'est l'équipe qui renonce, pas la coordination qui échoue — et la liste qui reste redevient crédible.

Votre cadre d'emploi

Le plus souvent, la coordination est exercée par un·e salarié·e de la SISA. D'autres montages existent — mise à disposition par une collectivité ou une association, prestation de services — et ils changent l'employeur, le lien de subordination et les responsabilités. La configuration retenue se lit dans les statuts et dans le contrat, jamais par déduction.

Un point à connaître avant toute négociation : il n'existe pas de convention collective propre aux maisons de santé. Le rattachement le plus souvent rencontré est celui de la convention collective du personnel des cabinets médicaux (IDCC 1147). C'est un usage constaté, pas une règle qui s'appliquerait d'office : la convention applicable doit être écrite dans le contrat de travail, et c'est à la structure de la déterminer. Le pilier « Les RH de la structure » y consacre deux leçons, en lecture libre.

Un mot enfin à qui s'apprête à signer : ne signez pas un contrat à durée indéterminée adossé à une dotation seulement espérée. Quand le financement n'est pas encore notifié, l'écrire — durée déterminée, clause de revoyure, plan B — protège les deux parties.

Trois confusions qui coûtent cher

Coordination et secrétariat. Les deux fonctions se recouvrent parfois dans les petites structures, mais elles ne se remplacent pas : le secrétariat traite un flux, la coordination tient une trajectoire. Une équipe qui confie l'agenda de la coordination au flux du secrétariat perd d'abord le projet de santé.

Coordination et décision. Le coordinateur instruit, propose, alerte. Il ne décide ni de la clé de répartition des charges, ni du barème des points, ni de l'entrée d'un nouveau professionnel. Un coordinateur qui décide à la place des associés se retrouve seul le jour où la décision est contestée.

Logiciel de santé partagé et outils de gestion. Le premier héberge le dossier patient et répond à un référentiel national de labellisation ; les seconds traitent le budget, les réunions et les charges, et ne contiennent aucune donnée de santé. Ce sont deux mondes, et les confondre en réunion d'équipe se remarque immédiatement.

Aller plus loinGuideAgence du Numérique en SantéNational

La transformation numérique de notre système de santé

Référentiels, labellisation des logiciels, services socles : le domaine « système d'information » de la coordination tient là, séparé du dossier patient lui-même.

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Santé

Ce qu'on a le droit de faire des données de santé, et les formalités préalables — le réflexe à avoir avant d'ouvrir tout outil partagé, y compris un outil de gestion qui n'en contient pas.

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Exemple fictif — Les Trois Rivières : 0,6 ETP, 21 heures, et un arbitrage

« Les Trois Rivières » est une équipe fictive : elle sert de fil rouge chiffré à ces leçons.

La MSP des Trois Rivières réunit 12 professionnels sur 2 sites. Elle emploie une coordinatrice à 0,6 ETP, soit 21 heures par semaine. Après trois mois, le relevé de son temps donne :

  • gestion administrative et financière : 8 h
  • animation de l'équipe et réunions : 5 h
  • relations externes : 3 h
  • système d'information : 3 h
  • pilotage du projet de santé : 2 h

Deux heures par semaine sur le projet de santé, pour une structure dont le projet porte quatre priorités et onze actions. Le calcul est vite fait : chaque action reçoit environ onze minutes de coordination par semaine.

La conversation à avoir n'est pas « comment être plus efficace », mais quelle ligne l'équipe accepte de faire descendre. Aux Trois Rivières, deux heures hebdomadaires de gestion ont été transférées au secrétariat, et le suivi du bail est repassé à la gérance.

Les 21 heures hebdomadaires de la coordinatrice, aux Trois Rivières
  • Gestion administrative et financière8 h
  • Animation de l'équipe et réunions5 h
  • Relations externes3 h
  • Système d'information3 h
  • Pilotage du projet de santé2 h

Exemple fictif : relevé de l'équipe Les Trois Rivières sur trois mois, un repère illustratif, pas une moyenne nationale publiée — aucune source ne mesure la répartition type d'un temps de coordination.

Se former à la fonction

Personne n'arrive coordinateur : on le devient, souvent par un changement de poste interne à la structure ou depuis un métier adjacent (secrétariat médical, gestion associative, coordination sociale). L'écart entre ce que l'on savait faire et ce que la fonction demande est réel, et il se réduit par la formation — pas seulement par l'expérience, qui coûte cher en erreurs évitables.

Deux formats coexistent, sans se remplacer. Le programme PACTE de l'EHESP est le parcours long et diplômant, pensé pour une prise de fonction en profondeur. Les fédérations régionales, elles, animent des formats courts et des groupes d'échange entre pairs — le premier réflexe contre l'isolement du poste, souvent avant même d'envisager PACTE.

Aller plus loinFormationAVECsantéNational

Se former à la coordination en équipe de soins primaires

Le point d'entrée vers le programme PACTE et vers les formations proposées par les fédérations régionales — la prise en charge du coût varie d'une région à l'autre. La plupart des fédérations régionales animent aussi un groupe d'échange entre coordinateurs.

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Aller plus loinFormationEHESPNational

Coordinateur de regroupements pluriprofessionnels de soins primaires — mention MSP (PACTE)

Le parcours le plus complet pour une prise de fonction : 14 jours en présentiel et environ 30 heures à distance, avec des mises en situation et une soutenance finale.

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Guide SisaFlow — pas à pas dans l'application

Rôles et permissions

Traduire un mandat en droits réels : qui voit quoi, qui peut agir sur quoi.

Ouvrir le guide

À faire dans votre structure~30 min

Écrivez la fiche de mission en une page

Prenez les cinq domaines et, pour chacun, écrivez deux lignes maximum :

  • ce que la coordination fait dans votre structure ;
  • ce qu'elle ne fait pas, et qui s'en charge à la place.

Ajoutez ensuite les trois réponses du mandat : périmètre, circuit de décision, représentation extérieure. Vous obtenez une page.

La partie la plus utile est la deuxième colonne — celle des « ne fait pas ». Si vous n'arrivez à rien y écrire, c'est le diagnostic : votre fonction de coordination n'a pas de bord, et tout ce qui déborde y tombera.

Comptez 30 minutes, hors lecture de la leçon. Pour aller plus loin sur la fiche de poste et le référentiel de compétences, la leçon dédiée détaille la démarche pas à pas ; côté recrutement, Recruter son coordinateur regarde la même fonction depuis le poste de la gérance.

Connectez-vous à votre espace pour rendre ce travail et le faire relire.

Selon votre rôle

  • Coordinateur·rice

    C'est votre leçon de cadrage. Si votre fiche de mission n'existe pas encore, écrivez-la vous-même à partir des cinq domaines et faites-la valider : c'est la seule protection réelle contre la fonction fourre-tout.

  • Gérant de SISA

    Vous êtes celui qui donne le mandat. Un coordinateur sans périmètre écrit ni circuit de décision devient le réceptacle de tout ce que personne ne veut faire — et il partira dans les dix-huit mois.

  • Professionnel membre

    Savoir ce que le coordinateur fait, et surtout ce qu'il ne décide pas, évite deux malentendus fréquents : lui demander un arbitrage qui appartient à l'équipe, ou le prendre pour un secrétariat.

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